Je veux conclure sur lEurope.
Il est infiniment significatif que
luniversité dété de lUDF ait
été la seule à traiter du sujet européen.
Nous considérons la crise de la France et la
crise de lEurope comme intimement mêlées.
Tout montre aujourdhui ce quétait la
duplicité de certains défenseurs du non. Il
ny avait pas de plan B, le plan de rechange qui
était paraît-il, prêt à sortir au
lendemain du référendum des tiroirs de
Bruxelles. Et pas davantage le « non » de la
France ne serait loccasion, souvenez-vous de ces
expressions, de créer en Europe un grand élan social
Mais le « non » de la France ne peut pas
être ignoré.
Particulièrement des Européens. Le
temps qui souvre est celui, je le crains, dune crise de
plusieurs années dont il faut faire une crise de refondation.
Je connais beaucoup de gens qui ont pleuré, au
soir du 29 mai, particulièrement, pendant que
certains essayaient de faire la fête, beaucoup de
jeunes étaient tristes. Cette émotion nous
engage.
Je veux vous dire les deux conditions, à mes
yeux, de la reconstruction européenne.
La première condition est de
réconcilier le sentiment national et lespoir européen.
LEurope nest pas faite pour effacer la France.
LEurope nest pas faite pour émonder les nations
comme on émonde les grands arbres, ni leur culture,
ni leur langue, ni leur modèle.
LEurope est faite pour permettre aux nations de se
faire entendre dun monde de géants. Encore faut-il
le montrer. Et pour cela, il faut que leurs dirigeants
acceptent de faire de la scène européenne une
scène politique.
LEurope ne peut pas être seulement un champ
diplomatique : les citoyens européens la
découvriraient enfin si les dirigeants
européens acceptaient davoir des débats
publics, sur lagriculture, sur le budget, sur la recherche,
sur lenvironnement, sur lénergie.
Cela ne coûte rien, nexige pas ladoption de
la constitution, demande seulement une volonté.
Deuxièmement : il faut que lEurope dessine
son projet de société. La
société européenne, ce nest pas celle
de la primauté des rapports de force, ou de la
primauté du matérialisme.
Il est temps que les grands modèles de
société, humanistes, le modèle
démocrate-chrétien, le modèle
humaniste, le modèle social-démocrate, parlent
de nouveau de leur idée de lhomme et de la
société et mettent cette idée au
premier plan.
Troisièmement : il faut sortir lEurope de
lignorance abyssale que lon a laissé saccumuler
autour delle. Je demande un programme déducation
civique, des spots à la télévision, qui
permette au citoyen français de comprendre comment
marche lEurope. Si cest expliqué, cest simple,
très simple. Si ce nest pas expliqué, cest
très compliqué.
Et aux Français qui se demandent quelle sera
la date utile pour reforger la chaîne qui a
été brisée le 29 mai, la réponse
qui me vient à lesprit est 2009, élections européennes.
Et cela permettra, je lespère et je le crois,
que se trouve remplie la condition nécessaire pour
que lidée européenne retrouve son premier
leader naturel, la France. Car vous laurez observé,
2009, cest après 2007 !
Certains diront que pour lancer ces idées,
avec à lesprit le grand débat qui va
souvrir, la date est bien précoce.
Jai voulu le faire parce que jai la conviction
quil faut changer dapproche. Et pour changer dapproche,
il faut changer de vision. Et pour quun peuple choisisse
une nouvelle vision, il lui faut du temps, le temps de
réfléchir, le temps de peser les idées,
le temps de la réflexion et de la détermination.
Ce débat, lUDF va lorganiser en son sein et
avec tous ceux qui le voudront, sur ces sujets et
évidemment sur tous les autres : nous commencerons
avec un grand colloque, en octobre, sur les « racines
du mal français ». Nous poursuivrons le
week-end suivant la Toussaint avec deux jours sur la
santé, en ville et à lhôpital. Et ainsi
de suite, au rythme dun à deux par mois, jusquau
congrès extraordinaire que je convoquerai à
lautomne 2006 ou au début de lhiver 2007 sur le
projet que nous défendrons devant les Français.
Sont invités tous ceux qui ne croient pas que
les vingt ans déchec de notre pays soient une
fatalité, tous ceux qui veulent tourner la page sur
ces années déchec, tous ceux qui ne se
résignent pas à labandon du modèle
français, mais qui savent, au contraire quil faut
une France reconstruite pour bâtir lEurope et parler
au monde.