Extrait du discours de François Bayrou

Université d'été – 30 août 2005




Je veux conclure sur l’Europe.

Il est infiniment significatif que l’université d’été de l’UDF ait été la seule à traiter du sujet européen.

Nous considérons la crise de la France et la crise de l’Europe comme intimement mêlées.

Tout montre aujourd’hui ce qu’était la duplicité de certains défenseurs du non. Il n’y avait pas de plan B, le plan de rechange qui était paraît-il, prêt à sortir au lendemain du référendum des tiroirs de Bruxelles. Et pas davantage le « non » de la France ne serait l’occasion, souvenez-vous de ces expressions, de créer en Europe un grand élan social…

Mais le « non » de la France ne peut pas être ignoré.

Particulièrement des Européens. Le temps qui s’ouvre est celui, je le crains, d’une crise de plusieurs années dont il faut faire une crise de refondation.

Je connais beaucoup de gens qui ont pleuré, au soir du 29 mai, particulièrement, pendant que certains essayaient de faire la fête, beaucoup de jeunes étaient tristes. Cette émotion nous engage.

Je veux vous dire les deux conditions, à mes yeux, de la reconstruction européenne.

La première condition est de réconcilier le sentiment national et l’espoir européen.

L’Europe n’est pas faite pour effacer la France. L’Europe n’est pas faite pour émonder les nations comme on émonde les grands arbres, ni leur culture, ni leur langue, ni leur modèle.

L’Europe est faite pour permettre aux nations de se faire entendre d’un monde de géants. Encore faut-il le montrer. Et pour cela, il faut que leurs dirigeants acceptent de faire de la scène européenne une scène politique.

L’Europe ne peut pas être seulement un champ diplomatique : les citoyens européens la découvriraient enfin si les dirigeants européens acceptaient d’avoir des débats publics, sur l’agriculture, sur le budget, sur la recherche, sur l’environnement, sur l’énergie.

Cela ne coûte rien, n’exige pas l’adoption de la constitution, demande seulement une volonté.

Deuxièmement : il faut que l’Europe dessine son projet de société. La société européenne, ce n’est pas celle de la primauté des rapports de force, ou de la primauté du matérialisme.

Il est temps que les grands modèles de société, humanistes, le modèle démocrate-chrétien, le modèle humaniste, le modèle social-démocrate, parlent de nouveau de leur idée de l’homme et de la société et mettent cette idée au premier plan.

Troisièmement : il faut sortir l’Europe de l’ignorance abyssale que l’on a laissé s’accumuler autour d’elle. Je demande un programme d’éducation civique, des spots à la télévision, qui permette au citoyen français de comprendre comment marche l’Europe. Si c’est expliqué, c’est simple, très simple. Si ce n’est pas expliqué, c’est très compliqué.

Et aux Français qui se demandent quelle sera la date utile pour reforger la chaîne qui a été brisée le 29 mai, la réponse qui me vient à l’esprit est 2009, élections européennes.

Et cela permettra, je l’espère et je le crois, que se trouve remplie la condition nécessaire pour que l’idée européenne retrouve son premier leader naturel, la France. Car vous l’aurez observé, 2009, c’est après 2007 !

Certains diront que pour lancer ces idées, avec à l’esprit le grand débat qui va s’ouvrir, la date est bien précoce.

J’ai voulu le faire parce que j’ai la conviction qu’il faut changer d’approche. Et pour changer d’approche, il faut changer de vision. Et pour qu’un peuple choisisse une nouvelle vision, il lui faut du temps, le temps de réfléchir, le temps de peser les idées, le temps de la réflexion et de la détermination.

Ce débat, l’UDF va l’organiser en son sein et avec tous ceux qui le voudront, sur ces sujets et évidemment sur tous les autres : nous commencerons avec un grand colloque, en octobre, sur les « racines du mal français ». Nous poursuivrons le week-end suivant la Toussaint avec deux jours sur la santé, en ville et à l’hôpital. Et ainsi de suite, au rythme d’un à deux par mois, jusqu’au congrès extraordinaire que je convoquerai à l’automne 2006 ou au début de l’hiver 2007 sur le projet que nous défendrons devant les Français.

Sont invités tous ceux qui ne croient pas que les vingt ans d’échec de notre pays soient une fatalité, tous ceux qui veulent tourner la page sur ces années d’échec, tous ceux qui ne se résignent pas à l’abandon du modèle français, mais qui savent, au contraire qu’il faut une France reconstruite pour bâtir l’Europe et parler au monde.